Le Mandelberg, la colline des amandiers de Mittelwihr

Le Mandelberg,
la colline des amandiers de Mittelwihr

Un air de Provence sur la Route des Vins d'Alsace

Le Mandelberg, la colline des amandiers de Mittelwihr en Alsace

Partons à MITTELWIHR, au centre de l’Alsace, à seulement 2 km de Riquewihr/Richawir (la cité des Ducs de Wurtemberg) et à 10 km de Colmar (capitale des vins d’Alsace). Mittelwihr se trouve au coeur de la Route des Vins d’Alsace, à égale distance de Thann au Sud et Marlenheim au Nord. Ca tombe bien, puisque Mittel signifie « milieu »! 

Le village est surplombé par le Grand Cru Mandelberg (littéralement « la montagne des amandes », traduit par « la colline des amandiers ») qui sépare les communes viticoles de Mittelwihr et Beblenheim/Bawla

Et là je vous entends déjà me dire « Quoi, des amandiers en Alsace?! » 
Comment expliquer la présence de l’arbre mythique de Provence à Mittelwihr?

Il flotte un air méditerranéen sur le vignoble alsacien

Mittelwihr bénéficie de la clémence du climat de la région colmarienne: Les Vosges font barrage à la pluie, et la présence du Foehn favorise le démarrage des cultures au printemps. De plus, le village est protégé des vents du Nord par la colline des amandiers. L’altitude de ce coteau (251 mètres) lui permet d’être à l’abri du brouillard, et de bénéficier d’un meilleur ensoleillement. L’ensemble des conditions climatiques réunies à Mittelwihr, lui vaut le surnom de « Midi de l’Alsace »

Le Mandelberg, la colline des amandiers de Mittelwihr en Alsace

Déjà à l’époque romaine, le micro-climat du Mandelberg n’a pas échappé aux premiers colons. Les Romains trouvèrent en ce lieu les conditions favorables pour y planter à la fois la vigne et l’amandier. L’origine romaine de Mittelwihr est d’ailleurs portée dans son nom. Le suffixe « Wihr » est d’origine latine et désigne l’existence d’une villa et d’une agglomération formée autour d’elle. 

Avec la récolte conjointe de l’amande et du raisin, la colline des amandiers de Mittelwihr constitue un terroir exclusif en Alsace.

La légende de Charlemagne sur la colline des amandiers de Mittewihr

Même si la présence romaine est attestée, la légende raconte que les amandiers seraient le cadeau involontaire de Charlemagne en route vers l’Italie. De passage à Mittelwihr, le roi des Francs aurait oublié un sac d’amandes, fruit dont il était particulièrement friand.

Les amandiers en fleurs sur le Mandelberg, la colline des amandiers de Mittelwihr

Ne sachant quoi faire de ces étranges fruits à coques, les paysans enfouirent alors les amandes pour s’en débarrasser.  Les fruits donnèrent de jeunes arbres qui s’épanouirent sur la colline. Ainsi selon la légende, ce sont les amandiers de Charlemagne qui refleurissent chaque printemps.

Contempler les amandiers en fleurs en Alsace:
Le Japon s'invite au Mandelberg

Les amandiers en fleurs sur la colline des amandiers de Mittelwihr en Alsace (Grand Cru Mandelberg).

Les hauteurs de la cité des amandiers connaissent un pic annuel de fréquentation vers fin février-début mars. Curieux, amateurs de photos, contemplatifs se retrouvent tous sur le « Kanzala » (littéralement la petite colline), surnom affectueux de la colline des amandiers de Mittelwihr. Dans le vignoble encore dénudé, ce ne sont pas les lettres hollywoodiennes du Mandelberg qui attirent le plus les regards, mais la féérie de l’éveil fragile des amandiers. Ce spectacle éphémère des arbres en fleurs vous transporte au Japon avec sa tradition immuable du Hanami. Cette célébration nippone ancestrale fête la renaissance de la vie par la contemplation de la floraison des arbres. Une expérience à ne pas manquer!

Amndier en fleurs sur la colline des amandiers de Mittelwihr en Alsace

La colline des amandiers de Mittelwihr: Un paysage de carte postale

A travers les branchages aux fleurs délicates, c’est un paysage enchanteur qui s’offre à vous. Depuis le sommet du Kanzala, profitez d’un panorama à 360 degrés sur un océan de vignes. Ici les collines abritent une concentration de Grands Crus! Ce terroir exceptionnel s’explique par sa géologie. Les communes de Mittelwihr et environs se situent dans le Fossé Rhénan, sur l’important champ de fracture de Ribeauvillé, qui a mis à l’affleurement une mosaïque de sols qui est unique au monde. 

Nichés au pied de la colline des amandiers, se trouvent Mittelwihr, et Bennwihr. A proximité, les communes de Riquewihr, Zellenberg/Zallabarig et Beblenheim. Un peu plus loin, on aperçoit Ostheim/Oschta. Les collines sont auréolées de châteaux, avec le Haut-Koenigsbourg et les trois châteaux de Ribeauvillé/Rappschwihr. Au-delà de la Plaine du Rhin, on peut admirer la Forêt Noire et avec un peu de chance, les sommets enneigés des Alpes Bernoises. Avec leurs charmants clochers, les villages blottis dans les collines semblent avoir toujours été bercés de quiétude.

Pourtant l’observateur attentif pourra déceler ça et là des accrocs dans ce cadre idyllique: Voyez-vous la fracture architecturale nette entre d’une part les communes de Riquewihr-Zellenberg-Beblenheim et d’autre part celles de Mittelwihr-Bennwihr-Ostheim? 

Et au sommet du Mont de Sigolsheim, n’y a-t-il pas un drapeau qui flotte au vent? C’est le drapeau de la Nécropole de Sigolsheim. Et si je vous dis que le nom originel de cette colline est « Lohberg », mais qu’elle est surnommée « Blutberg »/« Bloody Hill »/« La colline ensanglantée »… L’enfer se serait-il frayé un chemin jusqu’à ce coin de paradis?

L'hiver dévastateur gravé dans les mémoires.

La rudesse de cet hiver aurait pu à elle seule rester longtemps dans la mémoire collective: Un froid sibérien s’abat sur le vignoble alsacien avec des températures proches de moins 20 degrés Celsius, un vent fort et de la neige. Ajoutez à cela l’angoisse des habitants de Mittelwihr et environs, terrés dans leurs caves. Dans des conditions spartiates, les jeunes mères tentent de calmer leurs nourrissons, les vieillards meurent d’épuisement, certains perdent la raison. Ils faut à tous du courage pour remonter à la surface s’occuper de leurs bêtes, chercher de l’eau ou du pain. 

Mais que se passe-t-il au-dessus d’eux pour leur imposer un tel repli sous terre?

On est en décembre 1944, et l’un des épisodes les plus rudes de la Libération de l’Alsace se joue autour du Mont de Sigolsheim. Ce sont les combats de la Poche de Colmar. Le vignoble constitue l’ultime rempart avant Colmar, et la bataille y fait rage, imposant un calvaire aux habitants.

" Je suis née en 1944. Il y avait beaucoup de neige cette année-là.
C'était la guerre et nous logions dans la cave avec des gens de Bennwihr évacués un peu partout. C'était la famille de Paul.
Paul, qui avait 7 ans à l'époque, me racontait qu'il me promenait dans la cave, dans une boîte en carton, lorsque je pleurais.
Entre deux bombardements, Maman montait vite à la cuisine chauffer de l'eau afin de me donner un bain. "

Témoignage de Monique, ma Maman, qui était un bébé dans l’enfer des caves à Riquewihr.

Lenfer des caves Bennwihr 1944
Source: Panneau restituant une scène d'époque - Place de l'Eglise à Bennwihr.

L’enjeu stratégique est la prise des collines, comme le Blutberg (Cotes 351 et 393), ou la colline des amandiers (Cote 251).  Certains villages se retrouvent en plein sur la ligne de front. Comme Mittelwihr qui survit au rythme des attaques des Américains, et des contre-attaques des Allemands. La tension entre les deux camps est extrême et se joue d’un quartier à l’autre, et même d’une maison à l’autre. 

Carte de la Poche de Colmar, pendant la campagne d'Alsace (Seconde Guerre Mondiale)
La Poche de Colmar: Un arc de cercle de 170 km depuis le nord de Mulhouse jusqu'à Sélestat. (Source: Exposition photo pour les 80 ans de la libération de Riquewihr)

Le village change plusieurs fois de mains, et c’est le ciel qui tombe sur la tête des civils. Les premiers obus incendiaires frappent Mittelwihr dans la nuit du 3 au 4 décembre 1944. Les maisons sont pulvérisées, et le village brûle. Les réfugiés fuient d’une cave en feu vers une autre.

Enfin, le 13 décembre, la décision est prise d’évacuer les sinistrés. Epuisés par les privations, les habitants quittent les ruines de leur village séculaire. Leurs maisons n’existent plus. Leurs vignes, et les amandiers légendaires sont à terre. 

Un sort identique est réservé à la commune voisine de Bennwihr. La pluie d’obus tombe également sur Katzenthal, Ammerschwihr, Sigolsheim, Ostheim, et Guémar. Avec Mittelwihr, ce sont les sept villages martyrs de la Poche de Colmar.

"Je n'ai vu nulle part chose pareille."

Le Général de Gaulle, de passage à Bennwihr en 1948

General de Gaulle Bennwihr
Source: Panneau explicatif - Place de l'Eglise à Bennwihr

Mittelwihr, la renaissance d'un village martyr

Mittelwihr village nouveau scaled
Le village nouveau de Mittelwihr depuis le Mandelberg, la colline des amandiers.

Pulvérisée, rasée, l’histoire de Mittelwihr s’est arrêtée brusquement au coeur de l’hiver. C’est seulement au printemps 1945 que les réfugiés regagnent leur village détruit. Il ne leur reste rien, à part leurs racines profondément ancrées dans ce terroir. Alors que le printemps se réveille sur le Mandelberg, les vignerons redressent les ceps pour ne pas perdre leur gagne-pain. 

Les urbanistes et les architectes bourgeonnent d’idées pour faire renaître le village de ses cendres. En attendant, les villageois sont installés dans des baraquements. C’est la naissance du Barakadorf / le village de baraques de Mittelwihr: Du provisoire qui va durer.

Mittelwihr village alsacien, martyr de la Seconde Guerre Mondiale
Le Barakadorf, village provisoire de Mittelwihr. Constitué d'une mairie, d'une école, d'une église, et d'une centaine de maisons (majoritairement en bois), il a été bâti entre 1945 et 1948 pour reloger les villageois sinistrés. L'illustration montre l'arrivée d'un convoi de mobilier pour les habitants de Mittelwihr.

Les printemps se succèdent et c’est tout le plan d’urbanisme du village qui est repensé. Les voies de circulation sont élargies. Les édifices et les maisons refleurissent. C’est un village nouveau qui s’offre à nos yeux depuis la colline des amandiers de Mittelwihr.

Si décembre 1944 a tout dévasté sur son passage, deux symboles printaniers annoncent la renaissance des villages rasés.  Au printemps 1945, la cigogne est la première habitante à se reloger dans les ruines d‘Ostheim. Son retour est vécu par les sinistrés comme un signe d’encouragement pour la reconstruction de leur village. Sur le Mandelberg, Mittelwihr célèbre ses amandiers, dont la floraison précoce et fragile transperce l’hiver pour faire revenir la vie.

Logo d'une cigogne en plein vol - lalsaciennesepromene.com

Mandlaschnitta, les Croquants aux amandes alsaciens

A la découverte de la perle du vignoble alsacien

2 commentaires

  1. Je suis très impatient de redécouvir les amandiers en fleur. La météo s’y prête merveilleusement dans les jours à venir. Merci à la Riquewihrienne pour ces superbes présentations. !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

error: Content is protected !!